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Interview actualisée le 12 décembre 2022
La pénurie ne date pas d’aujourd’hui, mais le COVID a poussé les limites du système sanitaire extrêmement loin, en mettant un énorme poids sur le personnel infirmier. Nous sommes sortis de la pandémie, mais rien n’a été amélioré: il y a toujours du travail sur appel, les amplitudes horaires augmentent encore pour compenser le manque de personnel.
Il est réjouissant de constater malgré tout l’intérêt des jeunes pour les professions de soins. Mais confrontés à des conditions de travail effroyables, ils quittent rapidement la profession. Au mieux quelques années plus tard, parce que la maternité et la vie familiale restent très difficiles à concilier. Et la réinsertion est ensuite difficile, il faudrait plus d’encadrement. Quant aux personnes en fin de carrière, elles quittent le métier prématurément parce qu’elles ne trouvent plus ce qui faisait l’essence de leur travail. Les professionnel·le·s sont fatigué·e·s et ont perdu l’espoir que la situation puisse s’améliorer.
On constate dans toute la Suisse une diminution massive du personnel diplômé disponible sur le marché du travail, un manque de compétences infirmières spécialisées, des fermetures de lits et d’unités de soins, avec un risque pour la qualité et la sécurité des soins; une augmentation du travail temporaire qui met en péril le suivi des soins; un recours accru à des soignants hors de nos frontières. Ces facteurs entraînent en outre une augmentation des coûts pour les hôpitaux mais aussi des risques importants de disponibilité comme nous l’avons vu pendant le COVID et posent des questions éthiques car la pénurie est mondiale.
Le Conseil des Etats a approuvé à l’unanimité le premier paquet de l’initiative, qui prévoit une offensive de formation et plus d’autonomie des infirmières. Le Conseil national a suivi en le ratifiant le 28 novembre 2022, une année jour pour jour après la votation. C’est un premier pas encourageant, mais il ne suffit pas de former, il faut une amélioration massive des conditions de travail pour stopper l’exode! Pour ce faire, il est impératif que le second volet soit mis en pratique aussi vite que possible.
L’Alliance des professions de la santé a communiqué une liste de mesures nécessaires, comme augmenter les salaires ou diminuer le temps de travail, compenser le renchérissement, mieux valoriser les périodes de remplacement, rémunérer le temps effectif de travail, accorder des allocations pour les garderies. Certaines institutions prennent tout ou partie de ces mesures pour pouvoir recruter ou retenir du personnel en suffisance, mais ce n’est pas généralisé. Cette concurrence entre les hôpitaux accroît encore l’instabilité du personnel. Et tout ne viendra pas de la Confédération. Les cantons doivent se mettre en marche, organiser la formation et améliorer les conventions de travail.
Choyer le personnel est salutaire. Mais ces actions n’ont aucun impact si la dotation en personnel qualifié n’est pas suffisante dans les établissements de soins. La charge de travail de chacun·e doit être adaptée, les temps de repos respectés.
Que le deuxième paquet de l’initiative concernant les conditions de travail soit rapidement mis en œuvre. Le temps presse, un signe très clair de la politique est absolument nécessaire. La population suisse a droit à des soins de qualité, prodigués dans un environnement sécurisé. Elle l’a fait savoir en plébiscitant largement notre initiative. À la Confédération désormais de respecter cette votation et d’accélérer le processus politique pour mettre fin à cet exode massif.
Photo de titre: Piksel via Canva.com