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Competence - «ASSIP® diminue de 80% le risque de récidive suicidaire»
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ASSIP Home Treatment
Competence Readtime5 min
5. décembre 2023

Soins à domicile

Tentative de suicide

«ASSIP® diminue de 80% le risque de récidive suicidaire»

Afin de venir en aide aux personnes ayant effectué une tentative de suicide, le Centre neuchâtelois de psychiatrie (CNP) utilise la méthode ASSIP® Home Treatment.
Competence Muriel Chavaillaz

auteur

Muriel Chavaillaz

Journaliste de Competence pour la Suisse romande et le Tessin

muriel.chavaillaz@hplus.ch

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur le programme ASSIP®(Attempted Suicide Short Intervention Program)?

Dr. phil. Anja Gysin-Maillart et Prof Konrad Michel, deux cliniciens du département de psychiatrie de l’Université de Berne, ont développé ce projet pour les personnes qui ont fait une tentative de suicide. Cette méthode d’intervention brève se déroule en 4 séances avec l’envoi ensuite de lettres au domicile du·de la patient·e. Avec mon collègue le Dr Laurent Michaud du département de psychiatrie du CHUV, nous souhaitons voulu diffuser cette méthode en Suisse romande afin d’en faire bénéficier le plus de patients possible. Pour ce faire, nous avons obtenu un financement de Promotion Santé Suisse. Nos collègues ont également développé ASSIP® Home Treatment, qui est réalisée aux domiciles des patient·e·s, et non plus au sein des institutions.

Dr Stéphane Saillant, médecin-chef du département de psychiatrie de l’adulte, CNP, Neuchâtel.

Qu’a-t-elle de positif?

Cette méthode vient combler un manque. Dans la population des patient·e·s qui font des gestes suicidaires, nous avons très peu de traitements spécifiques. Nous effectuons souvent une intervention de crise , mais nous n’avions pas d’outil réellement adapté pour le processus suicidaire en tant que tel. L’originalité de la méthode consiste à s’intéresser explicitement à ce dernier. L’ASSIP® est une méthode complémentaire au suivi habituel et qui va vraiment aller interroger le vécu du·de la patient·e. Lorsque les gens font un geste suicidaire, c’est un processus long, cela peut prendre plusieurs jours, voire plusieurs semaines. Il y a toute une construction du processus qui a lieu. Avec l’ASSIP®, on décortique ce dernier afin de mieux comprendre avec le·la patient·e ce qui s’est passé afin de prévenir une récidive.

Comment cela se passe-t-il concrètement?

Lors du premier entretien, la·le patient·e est filmé. La·le thérapeute demande à la·au patient·e de raconter l’histoire de sa tentative de suicide selon un mode narratif. Librement, elle·il explique ce qui s’est passé, comment elle·il a été amené·e à concevoir le suicide comme une solution à ses problèmes, à sa souffrance. Durant la deuxième séance, on visionne la vidéo réalisée lors du premier entretien et on déconstruit le processus suicidaire.

On va chercher ses valeurs, son histoire de vie, ses vulnérabilités. Puis, durant la troisième séance, on résume tout ce dont on a parlé lors d’un entretien semi-structuré. Surtout, on va mettre en avant les mesures d’aide, à court, moyen et long terme en cas de récidive, d’apparition de nouvelles idées suicidaires.

La quatrième séance est optionnelle, elle a lieu un à deux mois après et consiste à revisionner la vidéo. Puis, durant deux ans, la·le patient·e reçoit des lettres à fréquence régulière à son domicile. Avec la méthode ASSIP® Home Treatment, toutes les séances se déroulent au domicile de la personne ou dans un autre cadre, autre que l’hospitalier.

Cette méthode fonctionne-t-elle?

Oui, une étude publiée par Dr phil Anja Gysin et Prof Konrad Michel en 2016 a démontré que, grâce à l’ASSIP®, on avait une dimension de récidive de gestes suicidaires de l’ordre de 80%. Le risque de récidive est un facteur primordial avec les tentatives de suicide, c’est donc un indicateur très important.

Sans ASSIP®, y aurait-il davantage d’hospitalisations?

C’est difficile à dire, il ne nous est pas possible d’obtenir directement cette mesure. Le suicide est multifactoriel: dans le domaine de la prévention du suicide, on sait que c’est un ensemble de facteurs qui font qu’on peut avoir un impact préventif. Par contre, c’est un outil de plus dans notre arsenal thérapeutique à disposition.

Cette méthode est pourtant peu connue…

Oui, dans le monde francophone c’est un fait, effectivement. Nous avons été précurseurs en Suisse romande et avons débuté cette méthode depuis 2019 à Lausanne et Neuchâtel. Notre objectif est vraiment de l’implémenter davantage et d’en faire un traitement habituel pour traiter les patient·e·s qui font des tentatives de suicide.

Hospitaliser les gens qui font des tentatives de suicide ne serait-il pas préférable?

L’indication d’hospitalisation après une tentative de suicide n’est pas systématique. L’hospitalisation est notamment indiquée lors de tentatives  sévères (moyens violents, intentionnalité très claire, etc.), mais en aucun cas dans toutes les situations; elle dépend de l’évaluation clinique effectuée par l’équipe médico-soignante.

Le traitement repose surtout sur une approche qui s’intéresse particulièrement au processus suicidaire lui-même, comme cela est le cas pour l’ASSIP®, c’est-à-dire une approche thérapeutique ciblée et spécifique.

Les traitements à domicile représentent-ils l’avenir des soins psychiatriques?

C’est déjà le présent pour un certain nombre d’entre eux. On doit avoir une diversification des dispositifs de soins et une individualisation des méthodes thérapeutiques. Certain·e·s patient·e·s se rendent sans problème dans les cabinets ou institutions pour recevoir des traitements, d’autres n’arrivent pas à faire cela. Nous sommes dans une ère où la psychiatrie cible spécifiquement ce dont tel ou telle patient·e a besoin. Les soins à domicile peuvent éviter certaines hospitalisations. De ce point de vue, les traitements à domicile sont une alternative intéressante au séjour hospitalier.

Photo de titre: via Canva.com

   

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